👉 A la recherche du cobaye chanceux!
🎬 COM AND WEB SCHOLARS
Les aventuriers du digital
Saison 1 : SOLARIS
🏷️ Keep on Training
👉 A la recherche du cobaye chanceux!
Le cinquième « non » de la journée tombe à 16 h 12, et Clarisse le note dans son carnet sans lever les yeux, pour ne pas montrer que ça commence à faire mal.
Le directeur logistique vient de lui expliquer, en regardant deux fois sa montre, qu’il « voit l’idée, c’est intéressant, faut qu’on en reparle un de ces jours ». Elle le remercie, referme la porte, et reste une seconde dans le couloir.
Trois semaines qu’elle est Assistante RH chez SOLARIS Distribution. Trois semaines qu’elle porte une promesse qu’elle a faite elle-même, le jour de l’entretien, les yeux dans ceux du Boss : je vais installer un vrai système de formation continue dans cette entreprise. Il avait hoché la tête. Puis il avait posé sa condition, celle qu’elle entend chaque matin depuis : « Les résultats d’abord. Le budget, on verra quand il y aura des résultats. »
C’est tout le piège, résumé en une phrase. Pas un franc accordé tant qu’elle n’a rien prouvé — et rien à prouver tant qu’elle n’a pas de quoi former quelqu’un. Une seule sortie possible : convaincre un service, ou même un seul employé, de financer lui-même sa formation, réussir de façon visible, et devenir la preuve vivante qui débloquera le budget pour tous les autres.
Elle sait déjà laquelle. Depuis le premier jour, elle a une idée derrière la tête : le service Communication. C’est sa vraie cible. Deux raisons à cela. La première, c’est que ce service a la pire réputation de la boîte — présence en ligne inexistante, campagnes sans impact, résultats que tout le monde commente à voix basse. C’est donc là qu’une amélioration sauterait aux yeux de tous. La seconde, c’est qu’elle-même connaît le terrain : elle a suivi le parcours de Com And Web Formations, elle sait de quoi elle parle quand il s’agit de digital. Face à des communicants, elle ne bluffe pas.
Mais justement parce que c’est sa cible, elle la garde pour la fin. On ne joue pas sa meilleure carte en premier. Elle commence donc par les autres services, pour roder son argumentaire — et pour ne pas brûler la Communication sur un essai mal préparé.
Le tour des directeurs lui apprend vite à quoi ressemblent les vraies résistances.
Le premier, responsable des achats, balaie l’idée d’un revers de main : « Je me forme déjà, moi. Y a plein de trucs gratuits sur Internet. » Elle n’insiste pas, mais elle sait — comme lui sait au fond — que ces cours gratuits qu’on commence le dimanche soir, personne ne les finit jamais.
Le deuxième est plus direct, presque méfiant : « Attendez. Vous me demandez de payer ma formation de ma poche, sans accord écrit de l’entreprise, pour qu’ensuite on profite de mes nouvelles compétences sans rien revaloriser ? Je connais la chanson. » Et là, Clarisse ne trouve rien à redire, parce que la peur est légitime.
Le troisième se braque sur le prix avant même qu’elle ait fini de présenter l’offre. Le montant tombe, son visage se ferme, le reste — les quatre certifications, la valeur réelle — il ne l’entendra pas. Elle a beau savoir qu’une bonne formation coûte cher partout, dans tous les domaines, et que le rapport qualité-prix de CWF est introuvable ailleurs, l’argument arrive après que la porte mentale s’est déjà refermée.
Le quatrième écoute poliment et regarde sa montre. Le cinquième, le logisticien, fait pareil.
Cinq « non ». Cinq objections qu’elle comprend, d’ailleurs, parce qu’aucune n’est stupide.
Alors, seulement, elle descend vers la Communication.
Le bureau est partagé. René est au fond, derrière son écran. Sur le côté, un jeune homme — Kabirou, le graphiste — casque vissé sur les oreilles, absorbé dans son écran. Et près de la fenêtre, face à son poste, une stagiaire que Clarisse n’a jamais vraiment remarquée.
René ne se lève pas. Il lui fait signe d’approcher comme on accorde une audience. Elle se souvient de ce regard — c’est le même qu’à son entretien d’embauche, ce léger plissement des yeux qui dit je vous laisse parler, mais je sais déjà.
Elle présente quand même. Bien. Quatre certifications internationales, quatre mois, 100 000 FCFA, un rapport qualité-prix qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur le marché. Elle parle le langage du digital, précisément, pour qu’il comprenne qu’elle n’improvise pas.
René la laisse finir. Puis il sourit.
« Mademoiselle. Mon équipe fait de la communication depuis avant que ces certificats existent. On sait travailler. »
Il parle au nom de toute son équipe. Il n’a demandé l’avis de personne.
Clarisse ne lâche pas tout de suite. « Et si on commençait par une seule personne ? Kabirou, par exemple — un graphiste qui maîtriserait aussi le digital, ce serait un atout énorme pour vous. »
René bloque net. « Kabirou est débordé. Tout le monde ici est sur des missions précises. On n’a pas le temps pour ça. »
Clarisse laisse le silence s’installer une seconde, et elle regarde la pièce. Kabirou, sous son casque, n’a pas bougé d’un cil — peut-être qu’il n’a rien entendu, peut-être qu’il préfère ne rien entendre. Et près de la fenêtre, la stagiaire a les yeux baissés sur son clavier.
Mais ses mains ne tapent plus.
Elles se sont arrêtées exactement au moment où Clarisse a prononcé le mot formation. Et elles n’ont pas repris depuis.
Personne ne dit rien. René considère la conversation terminée. Clarisse le remercie pour son temps, et s’en va.
Dans le couloir, elle ne range pas son carnet. Elle l’ouvre. Sous les cinq « non » de la journée, elle n’écrit pas « échec ». Elle écrit une piste — celle qu’elle n’avait pas vue en entrant et qu’elle ne quittera plus des yeux.
La stagiaire.
Elle est venue chercher René. Elle repart avec quelqu’un d’autre. Ce n’est pas un mur. C’est un virage.
Clarisse a sorti son plus beau carnet. Elle a mis ses meilleures chaussures. Elle arrive à cette réunion de direction comme on arrive à un examen important — préparée, attentive, déterminée à bien faire.
cherche pas dans la discipline, ni dans les sanctions, ni dans une nouvelle organisation des réunions. Elle la cherche là où elle a toujours cru qu’elle se trouvait : dans la formation.
Cognition in the Wild, Hutchins analyse les équipages de navires militaires américains. Sa découverte est contre-intuitive : les équipages les plus performants ne sont pas ceux qui comptent les individus les plus brillants. Ce sont ceux dont les membres utilisent les mêmes outils de la même façon — créant ainsi une intelligence collective fluide, sans friction, sans perte d’énergie. Transposé à l’entreprise de 2026, ce principe prend une résonance particulière : dans un environnement où certains automatisent à tout va pendant que d’autres travaillent encore manuellement, c’est toute la cognition collective qui se grippe. Et ce grippage a un coût — en temps perdu, en tensions inutiles, en opportunités manquées.
Bureautique mal utilisée, IA adoptée en ordre dispersé, aucun standard commun — et à la clé, une productivité collective bien en dessous de ce qu’elle pourrait être.
Pour ce premier chantier, Clarisse a déjà identifié le partenaire. Elle connaît Com And Web Formations — elle en est elle-même une ancienne apprenante. Le parcours-métier Chargé de Communication Digitale couvre exactement ce dont l’équipe a besoin : stratégie de contenu, création visuelle, publicité Meta et Google, analyse de performance. Quatre mois. Quatre certifications internationales reconnues. Et une pédagogie qui, Clarisse peut en témoigner, ne laisse personne au bord du chemin.
nerveux et un peu fragile d’une nouvelle recrue qui veut bien faire. Elle sourit autrement. Avec la tranquillité de quelqu’un qui sait exactement ce qu’elle fait, et pourquoi ça va marcher.
Clarisse fixait son téléphone. Elle venait d’être embauchée.
Puis il avait dit : “Très bien. Vous avez quatre mois pour me prouver que vous avez raison. Ici, dans cette entreprise. Responsable RH. Si les résultats sont là, on parle d’un vrai contrat. Sinon…”
Un silence bref. Puis, avec une inflexion qu’elle n’avait pas su déchiffrer — entre la politesse et le rappel à l’ordre : “J’espère que votre première journée s’est bien passée. L’intégration, c’est important.” Une pause. “Vous avez quatre mois, n’oubliez pas.”
Ce soir-là, assise à sa table avec une tisane froide qu’elle avait oublié deboire, Clarisse fit l’inventaire de sa situation. Nouveau poste. Zéro équipe. Quatre mois. Et un budget conditionné à des résultats qu’elle ne pouvait pas produire sans lui.




