Le mensonge qui dérape
🎬 COM AND WEB SCHOLARS
Les aventuriers du digital
Saison 1 : SOLARIS
🏷️ Keep on Training
👉 Le mensonge qui dérape!
Les ventes reculent depuis deux mois, et tout le monde à SOLARIS le sent — dans les couloirs, dans les regards qu’on évite en salle de pause, dans le ton du DG quand il convoque les chefs de service un par un. Ce matin-là, c’est au tour de René.
— René. Tu le sais déjà, ta dernière campagne nous a coûté trop cher et ne nous a rien rapporté. Malheureusement, il faut bien continuer à communiquer si on veut redresser la barre.
— Oui, effectivement. Justement je voulais vous dire…
— Concrètement, je cherche où couper, lâche le DG, sans détour. On m’a dit que la communication digitale coûte moins cher que l’affichage ou les médias classiques. Est-ce que c’est vrai ?
— Euh… oui, en effet… D’ailleurs c’est pourquoi j’ai commencé à publier davantage. On en est presque à 3 publications par semaine, et nos prévisions sont assez bonnes…
René ment. Encore.
— Avant de me décider, j’ai besoin de savoir clairement : qu’est-ce que le digital nous rapporte vraiment en ventes ?
La question est simple. René n’a pas la réponse — il n’a jamais suivi ça, jamais cherché à croiser une publication avec une vente. D’ailleurs en réalité, c’est Candice qui gère les réseaux sociaux. Alors il fait ce qu’il sait faire depuis douze ans : il répond à côté, avec assurance.
— Comme je vous disais, on publie beaucoup plus régulièrement qu’avant, trois fois par semaine minimum sur chaque réseau, un rythme qu’on n’avait jamais tenu jusque-là.
Le DG ne cille pas.
— Ce n’est pas ce que je vous demande. Je veux les ventes. Apportez-moi un rapport chiffré avant demain soir.
René acquiesce, la gorge serrée. Un rapport chiffré. Avec des vrais chiffres, des vrais tableaux — le genre de document qu’il ne sait pas construire lui-même. En douze ans d’ancienneté, et il n’a jamais eu besoin d’en faire autant… Ces dernières années, les choses avancent si vite… et les jeunes veulent que tout le monde utilisent leurs outils! Que faire maintenant?
Le lendemain matin, René arrive au bureau avec une feuille griffonnée à la main — des chiffres qu’il a estimés au jugé, la veille au soir, en espérant que personne n’aille vérifier. Il lui faut quelqu’un pour transformer ce brouillon en quelque chose de présentable, sans que personne ne se pose de questions sur son origine. Kabirou est débordé sur les visuels de la semaine. Candice, elle, n’y pense même pas — elle est stagiaire, et en plus elle a l’air de bouder depuis la derbière réunion de contrôle.
Il pense à Clarisse. La petite nouvelle du service RH, arrivée depuis peu, elle a l’air du genre à ne pas compter ses heures. Ne l’a-t-elle pas déjà abordé pour lui proposer de suivre des cours sans aucune raison ? Elle s’est même citée en exemple, avec ce cours de productivité bureautique suivi sur sa fameuse plateforme. D’habitude, René a horreur de ce genre de prétentieuse employée modèle. Mais cette fois, il faut avouer que ça tombe très bien. Alors il se dirige directement vers son bureau.
— Bonjour Clarisse, vous êtes ravissante aujourd’hui… Dites-moi, dans notre service nous sommes un peu bousculés, et… j’aurais besoin d’un coup de main. Rien de compliqué : juste mettre en forme quelques chiffres pour une présentation. Vous disiez que vous êtes à l’aise avec ça…
Elle accepte, apparemment flattée qu’on la sollicite sur autre chose que des dossiers RH. Rassuré, René regagne son bureau. Pour bidouiller des chiffres, il lui faut une base réelle. Alors il fouille Facebook, LinkedIn, à la recherche d’un bouton statistiques. Il a beaucoup de mal à comprendre ce qu’il y trouve. René est obligé d’admettre qu’il est largué… Alors il invente carrément. De toute façon, qui s’y connaît, ici ?
Clarisse renvoie la présentation trente minutes plus tard. Si seulement elle s’était arrêtée là…
La présentation de Clarisse est un PowerPoint propre, avec des tableaux lisibles et des courbes qui donnent au brouillon de René l’allure d’un vrai rapport d’expert.
Mais en construisant les graphiques, quelque chose l’a chiffonnée. Les chiffres de fréquentation qu’il lui a donnés ne collent pas avec ce qu’elle a elle-même observé sur les réseaux de l’entreprise. Rien d’alarmant, juste une gêne, la sensation d’un détail qui ne s’aligne pas tout à fait.
Alors elle passe le voir.
— René, je vous ai renvoyé la présentation sur les résultats des réseaux sociaux. Mais… les chiffres que vous m’avez donnés m’ont un peu surpris. Ça grimpe très vite sur certaines lignes. Vous voulez bien revérifier?
René ne cille pas.
— C’est le nouveau rythme de publication qui paie, tout simplement. On récolte enfin ce qu’on sème depuis des mois. Mais pour vous rassurer, je vais vérifier.
Il le dit avec ce ton posé, presque professoral, qui ferme la discussion aussi sûrement qu’une porte.
Candice, à quelques mètres de là, en train de classer des visuels pour Kabirou, se fige. Elle gère les réseaux au quotidien. Elle sait, mieux que quiconque dans ce bureau, que rien n’a « grimpé » nulle part cette semaine. Et puis, c’est quoi cette histoire de présentation sur les résultats des réseaux sociaux? Comment pourrait -il présenter des résultats sans les lui demander à elle?
Le sursaut est bref, presque rien — un mouvement d’épaules, un regard qui se relève trop vite, et une mine subitement renfrognée. Mais Clarisse a vu. Clarisse a compris. Et quand leurs regards se croisent, Candice sait qu’elle sait.
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Clarisse a sorti son plus beau carnet. Elle a mis ses meilleures chaussures. Elle arrive à cette réunion de direction comme on arrive à un examen important — préparée, attentive, déterminée à bien faire.
cherche pas dans la discipline, ni dans les sanctions, ni dans une nouvelle organisation des réunions. Elle la cherche là où elle a toujours cru qu’elle se trouvait : dans la formation.
Cognition in the Wild, Hutchins analyse les équipages de navires militaires américains. Sa découverte est contre-intuitive : les équipages les plus performants ne sont pas ceux qui comptent les individus les plus brillants. Ce sont ceux dont les membres utilisent les mêmes outils de la même façon — créant ainsi une intelligence collective fluide, sans friction, sans perte d’énergie. Transposé à l’entreprise de 2026, ce principe prend une résonance particulière : dans un environnement où certains automatisent à tout va pendant que d’autres travaillent encore manuellement, c’est toute la cognition collective qui se grippe. Et ce grippage a un coût — en temps perdu, en tensions inutiles, en opportunités manquées.
Bureautique mal utilisée, IA adoptée en ordre dispersé, aucun standard commun — et à la clé, une productivité collective bien en dessous de ce qu’elle pourrait être.
Pour ce premier chantier, Clarisse a déjà identifié le partenaire. Elle connaît Com And Web Formations — elle en est elle-même une ancienne apprenante. Le parcours-métier Chargé de Communication Digitale couvre exactement ce dont l’équipe a besoin : stratégie de contenu, création visuelle, publicité Meta et Google, analyse de performance. Quatre mois. Quatre certifications internationales reconnues. Et une pédagogie qui, Clarisse peut en témoigner, ne laisse personne au bord du chemin.
nerveux et un peu fragile d’une nouvelle recrue qui veut bien faire. Elle sourit autrement. Avec la tranquillité de quelqu’un qui sait exactement ce qu’elle fait, et pourquoi ça va marcher.
Clarisse fixait son téléphone. Elle venait d’être embauchée.
Puis il avait dit : “Très bien. Vous avez quatre mois pour me prouver que vous avez raison. Ici, dans cette entreprise. Responsable RH. Si les résultats sont là, on parle d’un vrai contrat. Sinon…”
Un silence bref. Puis, avec une inflexion qu’elle n’avait pas su déchiffrer — entre la politesse et le rappel à l’ordre : “J’espère que votre première journée s’est bien passée. L’intégration, c’est important.” Une pause. “Vous avez quatre mois, n’oubliez pas.”
Ce soir-là, assise à sa table avec une tisane froide qu’elle avait oublié deboire, Clarisse fit l’inventaire de sa situation. Nouveau poste. Zéro équipe. Quatre mois. Et un budget conditionné à des résultats qu’elle ne pouvait pas produire sans lui.




